L’Histoire se vit mais ne peut se réécrire

LETTRE OUVERTE

Aulnay, le 10 juin 2014

 

L’Histoire se vit mais ne peut se réécrire


« PSA Aulnay » : les mots de la fin », c’est l’intitulé du documentaire diffusé sur LCP mardi 10 juin en prime time. En tant que secrétaire du CE (Comité d’Etablissement) et déléguée syndicale du SIA (Syndicat Indépendant de l’Automobile), majoritaire à PSA Aulnay, j’ai bien entendu été au cœur de l’ensemble du long processus qui aboutira à la fermeture complète et définitive du site où je travaille depuis plus de 20 ans. J’ai été au contact quotidien ou presque avec Francine Raymond, journaliste auteur de ce « documentaire ».Invitée à une projection en avant-première, quelle ne fut pas ma surprise ! Ma surprise et mon indignation ! Tout d’abord, ce film ne présente qu’une vision partielle de la difficile réalité qui s’est imposée non sans violence aux 3000 salariés d’Aulnay.

Mais si la dimension « partielle » d’un tel documentaire est inévitable, beaucoup plus grave est son côté « partial ». Car ce qu’ont vécu les salariés d’Aulnay, c’est avant tout un combat mené jour après jour pour qu’une solution adaptée à chacun, une solution sur mesure, soit trouvée. L’objectif de l’Intersyndicale que j’ai animé pendant de longs mois n’a jamais bougé : « Zéro salarié à Pôle Emploi ». En revanche, les délégués de la CGT qui sont les vedettes de ce film ont délibérément fait passer leurs engagements politiques et partisans avant l’intérêt des salariés, qu’ils ont proprement abandonné à leur sort en décidant de quitter l’Intersyndicale pour poursuivre à quelques dizaines une grève improductive. Je ne peux donc ni me taire ni laisser passer sans réagir la diffusion publique de ce documentaire qui n’est rien d’autre qu’une apologie du blocage et de la violence physique et psychologique dont certains membres de la CGT sont devenus des maîtres. Ce « documentaire » (et je laisse volontairement les guillemets) ne reflète en rien la réalité vécue au jour le jour, en particulier les graves dérives pendant la période de grève, qui, loin de défendre l’intérêt des salariés, n’a en réalité fait qu’accélérer la fermeture du site.

Pourtant, si aujourd’hui les responsables de l’Intersyndicale peuvent continuer à se regarder dans la glace chaque matin, c’est parce qu’ils ont su trouver les moyens pour négocier durement des mesures satisfaisantes pour les salariés d’Aulnay. Cette négociation a nécessité une mobilisation de chaque instant, en impliquant jusqu’au plus haut sommet de l’Etat. Si de multiples rencontres ont pu avoir lieu avec le Président de la République et ses ministres concernés, c’est parce que les organisations syndicales ont su faire pression tantôt sur le gouvernement, tantôt sur la direction, en n’hésitant pas à interpeller Thierry Peugeot à son domicile un matin d’hiver à 6h.

Voilà pourquoi, au nom de l’Intersyndicale, qui a continué après le départ de la CGT et de SUD à œuvrer dans la dignité, alliant fermeté et respect des personnes et de l’outil de production, je souhaite faire part de ma déception. Je suis en colère de voir un tel film de propagande réalisé par une journaliste de France Télévision et diffusé sur une chaine publique, La Chaine parlementaire. Notre service public a une toute autre vocation. Aussi, avec le soutien des autres responsables syndicaux de l’usine PSA d’Aulnay, je demande solennellement à Madame la Ministre de la Culture et de la Communication pour quelle raison le service publique se retrouve aujourd’hui manipulé par une organisation syndicale aux méthodes radicales et diamétralement opposées à l’esprit de dialogue propre à notre démocratie et à nos institutions. J’invite aussi les parlementaires à interpeler eux aussi Madame la Ministre. L’Histoire se vit et s’écrit. Elle ne peut se réécrire. Encore moins pour des motifs politiques.

 

Tanja Sussest
Déléguée du SIA, syndicat majoritaire
Secrétaire du CE (Comité d’Etablissement)

 

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