Communiqué – Près de 800 salariés de PSA Aulnay sur le carreau

Près de 800 salariés de PSA Aulnay sur le carreau

En cause : la réindustrialisaiton qui est au point mort.
Le SIA, syndicat majoritaire à PSA Aulnay, se tourne vers le gouvernement.

A moins d’un mois de la fin de la période de volontariat qui se termine le 31 décembre 2013, le SIA, syndicat majoritaire à PSA Aulnay, tire la sonnette d’alarme.

798 salariés, soit près de 30% de l’effectif d’Aulnay, sont encore plongés dans l’inquiétude et l’incertitude quant à leur avenir professionnel. Parmi eux, 78 salariés ont vu leur contrat prolongé mais de manière provisoire. Il faut donc les additionner au 720 salariés qui sont dans une impasse. « Nous partageons leur inquiétude qui est grande puisque la phase de contrainte va s’ouvrir le 1er janvier. Et avec elle, ce sont les lettres de licenciement qui commenceront à arriver dans les boites aux lettres » explique Tanja Sussest, Secrétaire du CE (Comité d’Etablissement) et Déléguée du SIA (Syndicat Indépendant de l’Automobile), majoritaire à PSA Aulnay et membre de l’Intersyndicale. A ce jour, plus de 850 salariés d’Aulnay ont pu bénéficier d’une mutation interne et près de 700 ont pu trouver un nouvel emploi. « Le gros point faible du dispositif, c’est la réindustrialisation » selon Tanja Sussest. La revitalisation du bassin d’emplois est presque au point mort malgré les nombreux atouts d’Aulnay (proximité avec Paris, infrastructures logistiques, routières, ferroviaires et aériennes…). Seules l’entreprise ID Logistics a pour le moment confirmé son installation sur le site de l’usine PSA. Mais avec 3 salariés de PSA embauchés, on est loin des 500 postes annoncés il y a quelques mois. La perspective du chômage pour les salariés d’Aulnay serait un véritable gâchis compte tenu du haut niveau de compétence de cette main d’œuvre qualifiée. Ils ont en effet pu bénéficier d’un environnement technique et industriel de pointe ainsi que d’une formation régulière. La question du niveau de rémunération à l’embauche ne saurait être avancée pour justifier de renoncer au reclassement de ces centaines de salariés.

Pour le SIA, il faut mettre un terme à l’incertitude des salariés. « On ne peut laisser plus longtemps un tiers de l’effectif sans solution » tonne Tanja Sussest. Il reste 3 semaines à la direction mais aussi aux collectivités locales et à l’Etat pour obtenir des résultats. « Toutes les solutions doivent être étudiées et envisagées. On doit désormais faire du cas par cas pour éviter des licenciements secs » poursuit Tanja Sussest. La balle est dans le camp de la direction et du gouvernement. Les salariés attendent maintenant des réponses. Et vite. Et s’ils devaient à nouveau donner de la voix pour se faire entendre, leurs slogans sont déjà prêts : « Pôle Emploi, j’en veux pas ! Pôle Emploi, c’est pas pour moi ! »

 

Dépêche AFP – « PSA : la dernière Citroën est sortie de l’usine d’Aulnay »

L’usine PSA Peugeot-Citroën d’Aulnay-sous-Bois a mis la touche finale vendredi matin à sa toute dernière voiture avant une fermeture définitive du site en 2014, mesure la plus emblématique d’un plan de restructuration du constructeur automobile qui supprime au total 8.000 emplois en France, ont indiqué un syndicat et la direction.
afp.com/François Becker

Aulnay-sous-Bois – L’usine PSA Peugeot-Citroën d’Aulnay-sous-Bois a sorti vendredi matin sa toute dernière voiture de la chaîne, une Citroën C3 gris clair, avant une fermeture définitive du site en 2014.

La fermeture de l’usine de Seine-Saint-Denis, ouverte en 1973, était la mesure la plus emblématique du plan de restructuration du groupe automobile annoncé en juillet 2012, qui supprime au total 8.000 emplois en France, dont 3.000 à Aulnay.

« Nous avons sorti la dernière voiture à 07H00 », a indiqué la direction du site à l’AFP. « Elle a quitté le montage ».

« C’est symbolique car à Aulnay, ça fait des mois qu’on ne fait plus de production. Cette voiture est le symbole de notre savoir-faire », a relevé le syndicat indépendant de l’automobile (SIA, majoritaire à Aulnay), dans un tract distribué aux salaries qui embauchaient, peu après 6H00.

Vers 07H00, le comité d’établissement a conduit la C3 sans enjoliveurs ni plaques au milieu de l’immense atelier où de nombreuses machines ont déjà été démontées, a constaté un journaliste de l’AFP, le seul présent dans l’usine.

Là où le CE organisait par le passé la distribution des cadeaux après les tombolas, une centaine d’ouvriers ont pris la pose, les uns après les autres, devant un photographe, pour immortaliser le moment. Certains y voyaient une façon de se remémorer plus tard « la fierté » du travail accompli, d’autres ont confié à l’AFP être « tristes » de voir ce grand hall vide.

Après ultimes coup de chiffon et contrôles de qualité, la dernière voiture peut être considérée comme terminée, a indiqué à l’AFP Tanja Sussest, délégué du SIA. Baptisée « Citroën C3 Héritage », elle sera achetée par le conservatoire de la marque Citroën, qui devrait rester à Aulnay.

L’usine continuera de produire des pièces détachées à effectifs réduits jusqu’à la fermeture définitive en 2014, dont la direction refuse pour l’heure de préciser la date. Le gouvernement Hollande avait dans un premier temps jugé « inacceptable » le plan qui prévoit aussi 1.400 postes en moins à Rennes, et critiqué violemment la gestion de PSA, mais il n’a pu empêcher que l’usine ferme ses portes, plus de 20 ans après celle de Renault à Boulogne-Billancourt.
Corbillard

« J’aurais dû m’habiller en noir pour suivre le corbillard », plaisantait, mi-figue mi-raisin, Tahar, vendredi dans l’usine. « Ca fait quelque chose au ventre même pour un petit nouveau comme moi avec 11 ans de maison », a-t-il dit, avant de se laisser prendre en photo devant la voiture.

Le site, qui a été paralysé par une grève entre janvier et mai, a rapidement commencé à se vider après la signature du plan social en mai: des salariés sont partis par centaines, reclassés en interne, vers un autre employeur ou avec une prime exceptionnelle de fin de grève.

Selon la direction, neuf salariés sur dix, « c’est-à-dire 2.700 personnes du site, sont reclassés ou en cours de reclassement » et « moins de 300 personnes ne se sont pas encore manifestées ». Mais selon les syndicats, un millier de salariés attendent tous les jours encore sur le site de savoir quand et où ils vont pouvoir partir.

La phase de départs volontaires du plan social se termine le 31 décembre. Commencera ensuite une phase contrainte, pendant laquelle la direction doit proposer des reclassements en interne, avant l’envoi des premières lettres de licenciement le 1er avril.

« Nous proposerons une solution à chaque salarié », avait garanti le patron du groupe Philippe Varin.

Sur le site de 170 hectares, PSA a promis de créer 1.500 emplois en implantant d’autres entreprises. Jusqu’ici, seule l’arrivée d’IDLogistics (540 emplois) semblait assurée, mais selon la direction quatre groupes industriels « à haute valeur ajoutée » pourraient également s’implanter, créant un peu plus de mille emplois à horizon 2020.

Au total, le groupe PSA Peugeot-Citroën, qui a enregistré une perte abyssale de 5 milliards d’euros en 2012, veut supprimer 11.200 emplois en deux ans face à l’effondrement des ventes en Europe.

Et comme les perspectives restent déprimantes, un accord de compétitivité, baptisé « nouveau contrat social », a été signé jeudi. PSA s’engage à maintenir ses cinq sites (hors Aulnay) en France d’ici à 2016 et à augmenter sa production en contrepartie d’une modération salariale et d’une plus grande flexibilité dans l’organisation du temps de travail.

Le SIA dénonce l’attitude du gouvernement qui joue la montre.

Communiqué du SIA, Syndicat Indépendant de l’Automobile :

En lieu et place d’une véritable réunion tripartite associant tous les acteurs, seules les organisations syndicales ont été invités à se retrouver en fin d’après midi à la Direction du Travail* de Saine Saint Denis en présence d’un conseiller de Michel Sapin, Ministre du Travail, de l’Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social. Pour le SIA, majoritaire à PSA Aulnay, ce n’est pas la bonne méthode. Il faut mettre autour de la table la direction du groupe et les collectivités locales.

« Vendredi prochain, c’est à dire dans 3 jours, la dernière voiture produite à Aulnay sortira des ateliers. Il reste 2 mois avant la fermeture du site et 1300 salariés sont encore dans l’incertitude » déplore Tanja Sussest, Secrétaire du CE (Comité d’Etablissement) et Déléguée du SIA (Syndicat Indépendant de l’Automobile), majoritaire à PSA Aulnay et membre de l’Intersyndicale. Quasiment un an jour pour jour après la première réunion tripartite qui s’était tenue en présence de M. Montebourg, Ministre du redressement productif, les salariés se demandent où sont passées les promesses. Il est temps de revenir à la réalité. « On ne peut pas jouer la montre quand il s’agit d’emplois. Nous attendons des résultats » rappelle Tanja Sussest. « Et des résultats dans l’emploi, dans le reclassement et dans la réindustrialisation » précise-t-elle. Pour le SIA, l’objectif ne change pas et ne changera pas : « Zéro salarié à Pôle Emploi ». Cela veut dire qu’il faut trouver un CDI pour tous les salariés plongés dans l’inquiétude et la peur du lendemain. Pour y parvenir, ce sont bien tous les acteurs qui doivent conjuguer ensemble leurs efforts. C’est la condition d’un « dialogue social exemplaire » et c’est l’unique chemin pour assurer à tous l’avenir professionnel qu’ils méritent. Le SIA prend donc acte de la promesse faite ce jour d’associer l’Etat aux commissions (locales et centrale) de suivi du PSE.

* Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi

« L’usine PSA d’Aulnay-sous-Bois livrera vendredi sa dernière voiture »

AULNAY-SOUS-BOIS, 19 oct 2013 (AFP) – La dernière voiture sortira vendredi de la chaîne de montage de l’usine PSA Peugeot-Citroën d’Aulnay-sous-Bois, qui doit fermer définitivement en 2014, alors que plus de mille salariés ne sont pas encore fixés sur leur sort.

La livraison du dernier véhicule, une Citroën C3, sera avant tout « symbolique », souligne Tanja Sussest, déléguée du SIA, syndicat majoritaire dans cette usine emblématique de Seine-Saint-Denis, ouverte en 1973. « Ca permettra de faire le deuil », ajoute-t-elle. Pour marquer l’événement, les ouvriers aimeraient apposer leur signature sur la carrosserie. La direction a de son côté prévu que la dernière voiture, baptisée « C3 Héritage », rejoigne le conservatoire Citroën, qui demeurera dans l’enceinte de l’usine. A plein régime, les 3.000 salariés de l’usine, dont la fermeture avait été annoncée en juillet 2012 dans le cadre d’un plan supprimant 8.000 emplois, produisaient 700 voitures par jour. Mais depuis la mi-janvier, la chaîne ne tourne presque plus. La production a d’abord été paralysée par quatre mois d’une grève dure à l’appel de la CGT. Le plan social lancé début mai, des salariés sont rapidement partis par centaines, et faute de bras, la chaîne n’a jamais vraiment redémarré.

Dans l’immense atelier de montage, où un millier d’ouvriers s’activaient chaque jour, « les visseuses sont déjà démontées », décrit Mme Sussest. Selon Jean-Pierre Mercier, délégué CGT, reclassé sur le site de Poissy (Yvelines), les quelques voitures qui patientent en bout de ligne depuis des mois « sont couvertes de poussière ». La direction, qui veut supprimer 11.200 emplois au total en deux ans face à l’effondrement des ventes en Europe, assure que l’activité industrielle sera maintenue sur le site jusqu’en 2014, comme elle l’avait promis, avec la production de pièces détachées expédiées vers d’autres usines du groupe. Sans donner de date pour la fermeture définitive de l’usine. Pour les salariés, c’est pourtant la dernière ligne droite. La phase de départs volontaires du plan social se termine le 31 décembre. Commencera ensuite une phase contrainte, pendant laquelle la direction doit proposer des reclassements en interne, avant l’envoi des premières lettres de licenciement le 1er avril. A l’annonce de la fermeture du site, le constructeur automobile avait promis 1.500 reclassements en interne et la création, via l’installation d’autres industries sur le site, de 1.500 autres emplois. « Il n’y aura pas de licenciements secs, nous proposerons une solution à chaque salarié », avait garanti le patron du groupe, Philippe Varin, après les critiques véhémentes du gouvernement. François Hollande avait jugé « inacceptable » le plan social, qui prévoit également 1.400 suppressions de postes à Rennes.

« L’horloge qui tourne »

Selon Tanja Sussest, près de 1.300 salariés se trouvaient cependant encore dans l’usine d’Aulnay-sous-Bois à la mi-octobre, dont 300 sans réponse à leur demande de réaffectation interne. « Ce n’est pas normal qu’on soit encore aussi nombreux », déplore la responsable syndicale, « inquiète pour ceux qui sont encore là et n’ont pas de solution ». « On entend le tic-tac de l’horloge qui tourne. Le temps passe, on voit la tension qui monte », assure-t-elle. « C’est malheureux, on a passé notre vie ici, on n’a pas réfléchi à faire des formations », regrette une ouvrière qui a passé 37 ans au montage. A 58 ans, elle refuse les conditions du plan senior. « On a calculé que j’aurais 1.000 euros par mois, mais j’ai un fils à charge et mon mari touche une petite retraite ». D’autres ont saisi des opportunités, comme Virginie, 18 ans d’usine, qui grâce à ses contacts a décroché un emploi de factrice. « Une chance énorme » même si « on me demande de repartir en bas de l’échelle », souligne cette mère de famille, qui ne gagne plus que le Smic contre 1.600 euros par mois chez PSA. Luis Perez a lui choisi de partir à l’autre bout de la région parisienne, à l’usine de Poissy, comme une grande majorité des reclassés en interne. Un changement difficile: le travail démarre à 05H30 au lieu de 06H45 à Aulnay, et le trajet en navette est bien plus long. « Vous arrivez là-bas, vous êtes perdus, abandonnés », raconte-t-il.

Selon la direction, « le reclassement des salariés avance », même si 300 à 400 personnes « ne se sont pas encore manifestées ». Sur les 3.000 salariés, qui toucheront tous des indemnités ou primes, 675 ont trouvé une place sur un autre site de PSA, 650 ont décroché un contrat de travail à l’extérieur, et quelque 600 autres ont opté pour le « plan senior » et quelques créations d’entreprises.